L’homme qui plantait des arbres

Solo pour
un altiste parleur

Je chemine depuis longtemps sur les sentiers de la littérature. Sans carte et sans boussole. Adolescent, timide et orgueilleux, honteux de mon manque de connaissance, je n’osais pas me faire conseiller. Encore aujourd’hui, la demande naturelle et légitime d’un libraire qui me lance « vous cherchez quelque chose ? »  me terrorise et me fait fuir sur le champ.

Pourtant il s’agit bien de chercher. Chercher entre ces signes, entre ces lignes, les pensées volatiles que l’on pressentait et que l’on traque là, comme si l’on relevait sur le sol les traces d’un animal rêvé.

Les écrivains et les écrivaines, marcheurs et marcheuses nécessaires sont les premiers de cordée de nos pensées. Parmi ses guides, il en est un, Jean Giono, qui m’a toujours laissé des signes clairs et amis.

L’homme qui plantait des arbres est un texte magnifique. On le redécouvre avec émerveillement. Elzéard Bouffier, personnage central et modeste de ce récit, est en passe de devenir, bien malgré lui, une figure héroïque d’aujourd’hui.

Berger, déserteur, écolo, il repeuple la forêt détruite par l’homme et son commerce. Sans bruit, sans réclame, sans hâte, sans douter malgré les embûches et l’ampleur de l’ouvrage, il répare,  jour après jour la catastrophe en cours.

La langue chaude, organique de Giono, se fait économe, au plus près de son sujet, sans rien perdre de sa force évocatrice.

L’idée de dire ce texte en l’accompagnant de mon alto, souffle dans ma tête, plus ou moins fort selon la saison, mais en continu depuis longtemps.

J’aimerais, le plus souvent qu’il est possible, le donner dans une forêt ou tout au moins dans un espace naturel. J’aimerais faire entendre ce texte à des enfants et des jeunes, afin que la noble et simple assurance de ce berger leur donne la force de réagir, entourés qu’ils sont de sinistres prédictions et d’absurdes solutions.

J’aimerais que la musique soit un juste écho à la limpidité de ce texte. Qu’elle parvienne à prolonger le bruit du vent, le bruit de l’eau qui revient, le bruit des bombes au loin, le bruit des pensées secrètes que l’on fabrique en marchant. J’aimerais que le bois de mon violon résonne avec le bois des arbres qui poussent.

J’aimerais qu’il soit encore temps.

Distribution

Interprétation Julian Boutin
Texte de Jean Giono éditions Gallimard
Direction d’acteur Guy Pierre Couleau
Coproduction Théâtre de Cornouaille scène nationale de Quimper

Programme

Musiques de Jean Sébastien  Bach, Georg-Philip Telemann, György Kurtag, Paul Hindemith, musiques traditionnelles et improvisations